Le sang des 7 rois (tome 2)

— Tu n’es pas une fille, Rosa. Tu es un miracle.Fernest se pencha et cueillit une petite fleur qu’il lui glissa dans les cheveux.
— Pourquoi m’aimes-tu ?
— Je t’aime… parce que tu en as besoin.— Ce n’est pas une raison.
— Alors je t’aime parce que j’en ai besoin.Rosa essaya de voir les voyageurs en contrebas. Ils étaient trop loin, et dissimulés par le relief. Elle ferma les yeux et sentit leur présence, leurs émotions, leurs douleurs et leurs peines. Elle s’écarta pour regarder Fernest, puis elle détourna le regard comme pour se mesurer au glacier, colossal nuage pétrifié sur le flanc de la crête.Elle resta ainsi longuement avant de reprendre la parole.
— On ne m’a jamais aimée, Fernest.

Entrez dans l’univers des 7 royaumes où sévit l’inquisition, et découvrez le secret de l’origine du sang bleu.Un événement en fantasy française.Un premier roman, un coup de maître. 

Le sang des 7 rois tome 2

La couverture est toujours aussi agréable, la tranche continue un dessin qui se révèlera avec les 7 tomes.

Au début du livre, on découvre la carte et le résumé du tome 1. C’est sympa, surtout pour ceux qui n’ont pas la chance comme moi de lire les 7 tomes à la suite. Et à la fin, il nous propose un glossaire et les noms des personnages. Il y a tout pour se replonger aisément dans l’histoire.

Le rythme du livre est à la fois lent et rapide. On avance pas très vite, le chemin est dense, que ce soit sur l’eau ou sur la terre et pourtant on ne s’ennuie pas une seule minute. Orville pense atteindre une destination en 1 à 2 jours et au final il lui en faudra 7. J’avoue que j’ai beaucoup apprécié ça, prendre son temps apporte également une grande satisfaction lors de la lecture. (En général, j’ai tendance à écrire rapidement des événements. Là, je me suis aperçue que prendre son temps apportait aussi une grande satisfaction lors de la lecture. Du coup, je vais peut-être revoir ma façon d’écrire pour prendre mon temps à certains moments).

Je sais maintenant qu’il n’y a rien d’anodin dans la vie des personnages et dans l’écriture de Régis. L’arrivée d’un tonneau contenant des lapins et des nouvelles est une très belle surprise. J’imagine sans peine que les lapins relâchés les aideront dans le futur. À nouveau je me perds avec délectation dans les détails des paysages, la mer et ses environs. Grâce aux révélations de Pétrus, Orville peut enfin mettre deux noms sur ce qu’il est, et à nouveau il signe son évasion avec panache. C’est bien simple, j’adore !

J’ai retrouvé la jeune Rosa avec plaisir, ainsi que ses déductions. Très belles idées que le partage du groupe pour parcourir trois routes différentes et parvenir à se retrouver en un même lieu avec les bénéfices de chaque chemin. L’apparition d’une autre fillette est très intéressante, ainsi que la recherche d’une épée. Le suspense est présent sans cesse, de l’Archipel du Goulet au retour du 8e Royaume.

La fin de l’ouvrage donne soif pour le tome suivant. La recherche d’un passage secret piégé est sublime. Une grande part de mystère apparaît avec la notion du maître Odalrik qui semble différent et dont j’ai hâte d’en découvrir plus. L’idée de l’apprentissage est vraiment alléchante.

Tous les personnages sont bien construits, un passé abouti qui explique les actes actuels. Petrus détient encore de nombreuses réponses sur les rebelles. Un voile de la vie d’Orville se lève un peu. La résistante continue dans l’ombre, des alliances imprévisibles se dévoilent pour un but commun. Il y a toujours quelque chose à apprendre, même après 322 pages et 2 tomes. Pour moi, l’imagination de Régis est une richesse imprévisible.

Puis, arrive la notion de propulseur qui apporte une approche totalement inattendue. Régis nous plonge dans une histoire futuriste avec un dialogue très surprenant. On commence à comprendre que ceux qui chapeautent les hommes ont des buts biens particuliers, tout comme leur puissance.

Avis : Un roman à ne pas manquer ! Le tome 2 confirme ma première impression du tome 1.

*** ***

Durant la lecture, quelques questions m’ont traversé l’esprit. Voici les réponses de l’auteur :

Au début du livre il y a une carte de la région. Et là, que vois-je, horrifiée ! Nulle trace du 8e royaume ! Je m’insurge, mais que fait le cartographe !
Pour la carte, je dois avouer que je l’ai tellement en tête que je n’ai pas besoin de la mettre à jour à mesure que le récit se développe. Certains lecteurs me l’ont reproché en salon, je les comprends, mais j’ai passé tellement de temps à écrire que mes projets graphiques sont un peu passés à la trappe.

Un personnage se nomme Pétrus. Un clin d’œil pour le vin ? Le pouvoir de la jeune Braseline convient aussi parfaitement à son prénom. Comment choisis-tu les noms de tes personnages ?
Pétrus, oui, c’est pour le vin. Ces bouteilles sont à un tel prix que je n’ai même pas l’espoir de le goûter un jour. Alors j’en ai fait un personnage. Vers la fin de l’heptalogie, je me suis un peu amusé avec le vin Pétrus qui joue un rôle.

Pour Braseline, c’est effectivement en relation avec sa capacité à tout brûler. Parfois, les noms ont une raison d’être, parfois, c’est seulement la consonance qui m’intéresse. Orville et les premiers protagonistes, ce sont des marques de guitare (une autre de mes passions). Il y a Orville (Gibson), Clarence léonidas fend (dit léo), c’est pour Clarence Léonidas Fender. Puis il y a Ricken (baker) Gretsch, Iban (ez), Furch, Lag un peu plus tard… Sylvan, c’est pour l’idée d’un peuple sylvestre, avec en toile de fond les elfes. Comment appelle-t-on dans certains livres de fantasy les êtres forts, rapides, qui ont une longévité importante… Je n’ai jamais saigné d’elfes, peut-être ont-ils le sang bleu. 🙂 Lulius Never est un cas particulier. Personne n’a remarqué que dans le livre il est le seul à posséder un nom et un prénom. Séquence hommage : Lulius est l’origine latine de Jules, et Never est une anagramme de Verne dont je suis assez fier. Lulius Never Die. Lothar, c’est une allusion à une lecture de jeunesse. L’hypnotiseur Mandrake avait un serviteur nommé Lothar. Tout cela de mémoire, mais beaucoup de personnages ont des noms dont la consonance sert à poser un décor.

Lors d’un accouchement, tu as écrit « Délier les ceintures pour que le cordon ne passe pas autour du cou de l’enfant », est-ce une idée reçue de l’époque ou ta création ?
Pour la naissance de Delwynn, je me suis documenté sur les accouchements au Moyen-Âge. Cette croyance/coutume est attestée dans les pratiques en obstétrique, je ne l’ai pas inventée, mais j’ai trouvé cela touchant, qu’un danger individuel soit partagé symboliquement par la collectivité, signifiant ainsi qu’une naissance est l’affaire de tous.

Dans ce 2e tome, il y a un peu plus de violence et la dureté de la vie est visible. Était-ce voulu de faire un premier tome plus « doux » constitué de découvertes et ensuite plonger le lecteur dans la dureté de ce monde ?
Ce n’est pas voulu, je ne veux rien d’avance. Le seul tome que j’ai construit et reconstruit mille fois en avançant est le 7. Il fallait refermer l’histoire. Si le tome 2 est plus cru, tant sur des violences collectives que des scènes impliquant des personnages identifiés, c’est parce qu’on s’écarte de l’intrigue de départ pour embrasser la question politique dans son ensemble. On change de focale. Un engrenage se met à tourner, entraînant un mécanisme complexe qui rend indispensable la matérialisation de la violence qui existe en germe dans le premier tome. Je crains que cela ne s’arrange pas dans les tomes suivants, mais une fois qu’on a décrit les choses une fois, on peut user de l’ellipse. Il n’est pas nécessaire de réécrire dix fois le viol d’Aliéïde par Bartlan s’il n’y a pas de nouveauté qui l’exige ; ces scènes sont éprouvantes, autant à lire qu’à écrire. Il faut pourtant savoir le faire quand cela fait avancer le récit, et s’abstenir quand ça confine au voyeurisme.

Vers la fin on arrive dans une tout autre dimension avec des notions très futuristes par rapport au quotidien. C’est très surprenant. J’imagine que ce sera un fil rouge dans tes sept tomes. Est-ce que cette idée était déjà présente dès le départ ?
Dès le départ, je savais que cette fantasy-là prenait place dans un contexte de SF. C’est une manière de réfléchir à la question du genre en littérature de l’imaginaire. Ce que j’ignorais, c’est que j’intégrerais cette dimension dans le roman. J’ignorais par conséquent quelle place elle prendrait. Par exemple, quand les maîtres entrent en action, j’ignore qui ils sont, c’est bien après que les connexions se sont mises en place. Il faut bien comprendre que le Sang des 7 rois est l’histoire d’un loisir un peu gratuit qui dépasse le projet de son auteur. Je n’avais aucun besoin de produire de la cohérence ni de trouver des raisons à tout, les dominos se sont agencés à mesure du déroulement du jeu.

Je tiens à remercier une nouvelle fois Régis Goddyn pour sa transparence et son plaisir à partager son expérience. Et je vous donne rendez-vous au tome 3 !

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